Jack London, l’aventurier

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Jack London en 1900.

Dans une petite dizaine de jours, on commémorera les 101 ans de sa disparition. Jack London est mort le 22 novembre 1916, à l’âge de 40 ans.

L’idée, ici, n’est pas d’en faire sa biographie, mais plutôt de dire ce que m’inspirent ses œuvres et les éléments de son parcours dont j’ai eu connaissance. Il s’agit uniquement de mes impressions personnelles, rien de plus.

Tout d’abord, cet auteur natif de San Francisco représente l’aventure dont tout gamin de 12 ans rêve à la lecture de son fabuleux Croc-Blanc, à peu près la période à laquelle j’ai commencé à m’intéresser au journalisme. Comme Kessel, Jack London était à mes yeux l’image même du journaliste baroudeur. Et depuis mon adolescence, je n’ai jamais cessé ma quête de récits d’aventures, réels ou imaginaires, à travers les plumes de Kessel bien sûr, mais aussi de Riel, Hemingway… faisant naître en moi une soif d’écriture très forte et aux expressions très variées.

À la vérité, j’ai lu trois livres de London. Ce n’est sans doute pas suffisant pour commenter profusément son œuvre, mais ça l’est, je pense, pour affirmer que l’auteur m’a marqué. Je n’ai pas relu Croc-Blanc depuis, mais le souvenir de cette découverte provoque encore en moi un certaine nostalgie. Comme La Route — qui a eu, un temps, Les Vagabonds du rail pour titre français (éditions 10 18) et qui a inspiré Sur la route de Jack Kerouac — continue à me faire vibrer après au moins trois lectures.

Je devais être à la fac quand j’ai lu ce livre pour la première fois. C’est alors que j’ai découvert le Jack London journaliste et militant. La Route raconte son aventure de trimardeur et celle de ses compagnons de vagabondage sur les rails américains, risquant leur vie, comme passagers clandestins dans les wagons de marchandise, ou la prison, parce qu’ils font partie des wobblies, qui, à son époque, étaient les travailleurs affiliés aux IWW (The Industrial Workers of The World est syndicat révolutionnaire composé aussi bien d’anarcho-syndicalistes que de marxistes) pourchassés par les autorités américaines.

Jack London puise à la fois dans ses souvenirs, surtout, et dans les témoignages de ses compagnons de route et luttes. Même si ce ne devait pas être sa démarche au moment de sa rédaction, son récit a toutes les caractéristique du roman d’aventure. Sa force pousse naturellement à la sympathie, voire l’empathie. Cette espèce de connivence entre l’auteur et le lecteur, je l’ai toujours cherchée en tant qu’amateur de littérature ; elle m’inspire beaucoup dans mon travail d’auteur, tout du moins elle est ma boussole dans chacun de mes travaux littéraires.

Quant au troisième ouvrage, lu voici une dizaine d’années, il s’agit de la dystopie Le Talon de Fer. Militant, Jack London imaginait une révolution socialiste aux États-Unis, suivie d’une violente contre-révolution… neuf ans avant que commence à éclater la vague de révolutions un peu partout dans le monde (Russie, Allemagne…). L’auteur me confirmait alors l’impossibilité d’extraire la moindre subjectivité de son œuvre et, d’une façon ou d’une autre, le besoin de partager ma vision du monde ou comment j’aimerais, ou non, le voir évoluer.

Là encore, j’ai trouvé un nouveau point cardinal. Mais, en ce qui concerne Jack London, je ne compte pas m’en tenir à trois œuvres.

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Lecture du moment : « Kalpa impérial » d’Angélica Gorodischer

Kalpa impérial

Écrit en 1984, Kalpa Impérial vient seulement d’être traduit en français cette année. Ursula K. Le Guin (auteur du cycle de Terremer) l’a traduit en anglais en 2003. Les éditions La Volte ont sorti le 27 avril 2017 la traduction de Mathias de Breyne, qui, tout du long des 246 pages, a fait un travail remarquable en retranscrivant l’univers créé par Angélica Gorodischer.

L’auteure argentine s’inspire clairement d’Italo Calvino. À sa façon, elle remercie l’écrivain italien (membre de l’OuLiPo, auteur aussi du Vicomte pourfendu, du Baron perché…) en page de dédicaces, louant aussi les « mots galvanisants » de Hans Christian Andersen et de J.R.R. Tolkien.

La comparaison entre Kalpa Impérial et Les Villes invisibles de Calvino, et de certains contes d’Andersen, n’est pas imméritée. Ce livre rappelle parfois même le style mystérieux de Borges ou de Cortázar. Si le style d’Italo Calvino est plus concis, plus poétique dans la forme, celui d’Angélica Gorodischer se développe non seulement autour de l’empire, de sa géographie imaginaire, mais aussi autour de sa destinée et celle des hommes et des femmes qui le façonnent.

Née en 1928, Angélica Gorodischer a connu toutes les dictatures argentines du XXe siècle. Tout en demeurant une œuvre littéraire et poétique avant tout, Kalpa Impérial prodigue quelques subtiles touches de satire politique et sociale, dans une ambiance approchant la fantasy, rappelant parfois les contes des Mille et une nuits.

Kalpa Impérial prend sa dimension universelle dans le portrait fait des hommes de pouvoirs, les empereurs mais aussi les chefs d’armées ou de bandits ; dans la description de l’empire qui naît, s’étend, vacille, s’effondre… L’empire est un personnage comme les autres, il est le personnage du roman, le fil conducteur qui relie les récits, les contes, entre eux. Ils pourraient se lire indépendamment les uns des autres, mais ce serait en ôter toute la saveur et toute la sagesse. C’est là même qu’un lien est possible entre l’œuvre de l’auteure argentine et le cycle Terremer d’Ursula K. Le Guin, tous deux guidés par une trame philosophique cohérente et humaine — voire humaniste.

Si aux premières pages le style déstabilise légèrement, le lecteur s’engouffre avidement dans ces récits riches, aux côtés de ces personnages attachants, de ses décors à la fois exotiques et ordinaires. Si l’œuvre originale d’Angélica Gorodischer m’est inconnue, la traduction de Mathias de Breyne a une saveur poétique, devenue rare aujourd’hui où la littérature se consomme plus qu’elle n’est considérée comme un art.

Y’a du changement dans l’air !

Quelques changements, encore ! Je viens de modifier le nom de ma page Facebook, qui a vocation à assurer la promotion de mes écrits. Rien n’est encore défini pour ce qui concerne d’autres « vocations ». La page me permet de rester en lien avec vous puis de partager les écrits et news publiés sur ce blog même.
Désormais, cette page s’appellera Le Labo de Thomas Guilbert, du même nom (ou presque) que le nom du blog. Lui aussi, je l’ai rebaptisé, Le Labo, afin que les lecteurs puisse les associer le plus facilement possible. J’étais de moins en moins fan des « Bavardages… », qui avaient un sens plus péjoratif. Je suis désolé pour les liens antérieurs publié sur Facebook, ils sont devenus obsolètes.
Pour l’instant, rien de neuf sous le soleil (ni de Bosbourtel ni d’ailleurs). Les projets divers et variés sont toujours en chantier. J’essaye juste de hiérarchiser les priorités et de me focaliser sur l’essentiel. Il est certain que les idées sont là, les développer est parfois plus compliqué.
Je vous donnerai des nouvelles en temps voulu !

Suite (très) incertaine pour Bosbourtel

Depuis la parution du Bâtisseur de Bosbourtel, j’ai réfléchi à une suite possible.

Les diverses tentatives m’ont passablement démotivé, je dois l’avouer, n’étant pas satisfait des idées qui en sont sorties, ni de la forme que cela pourrait prendre.

Pensant trouver l’inspiration au fil du temps, j’ai laissé de côté ce travail pour me consacrer à d’autres projets. Peut-être un éclair de génie me transpercerait-il au détour d’un mot, d’une phrase, d’un paragraphe !

Pour être franc, plein d’idées ont traversé mon esprit, ont trouvé leur place sur l’écran ou sur le papier, pour finir, tôt ou tard, à la corbeille. À quelques rares exceptions, comme le roman que je laisse prendre la poussière dans un tiroir. Et là, on est assez loin de Bosbourtel !

Depuis que j’ai enfermé ce nouveau projet (allez, je le dis, c’est de la science-fiction) dans le noir, pour le faire mûrir un peu plus, j’ai enchaîné sur un autre travail, également dans le genre de la science-fiction, qui ne m’a pas encore donné entière satisfaction. Voici plusieurs semaines que j’essaye de sortir (au moins !!!) le premier chapitre, mais je ne suis toujours pas sûr de moi.

Je suis navré de vous faire patienter encore et de ne pas partager avec vous la sortie prochaine d’une nouvelle publication. Surtout, ne vous attendez pas à retrouver les protagonistes du Bâtisseur de Bosbourtel car les chances que je remette cet univers en scène son très faibles ! Avec un peu de patience, peut-être…

Lecture du moment : « Le jeu des perles de verre » de Hermann Hesse

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J’avais dévoré Le Loup des Steppes ; j’ai savouré Le Jeu des Perles de Verre. Ce roman initiatique de Hermann Hesse raconte le parcours de Joseph Valet en Castalie, une cité utopique fondée sur l’enseignement d’un jeu d’esprit (le fameux jeu des perles de verre), qui fait la synthèse entre l’art (la musique surtout) et la philosophie (et la mystique orientale). Dans le roman, le clergé catholique considère la philosophie castalienne comme une nouvelle religion, concurrente du christianisme.

Je mens légèrement sur le nom de la rubrique cette fois-ci ; il ne s’agit pas à proprement parler d’une lecture du moment. Pour ainsi dire, je suis encore en train de digérer ce roman épais qui, je l’ai ressenti ainsi, fait l’éloge de la lenteur, de la réflexion. J’ai pris mon temps à suivre le cheminement de Valet, dont l’esprit vacille entre docilité et insoumission ; il veut demeurer fidèle à la Castalie tout en voulant suivre sa propre voie.

En dehors des aspects mystiques de l’histoire, Hermann Hesse livre une vision de l’art et de la vie qui invite à une exigence intellectuelle. La Castalie a une vision élitiste ; Joseph Valet devient lui-même une élite et va pousser le système castalien, dont il devient un rouage incontournable, dans ses limites.

C’est, pour l’heure, la première lecture que j’ai faite de ce livre. Le Jeu des Perles de Verre n’est pas le genre d’ouvrage, je pense, qui se découvre en une seule fois. Il n’est pas seulement complexe à appréhender dans son contenu, mais aussi dans sa langue. N’étant pas un germaniste chevronné, j’avais en ma possession la traduction de Jacques Martin (rien à voir avec le présentateur télé !), semble-t-il la meilleure. D’une certaine façon, il fallait donc se sentir prêt à aborder cette œuvre.

La dernière page tournée, Le Jeu des Perles de Verre laisse un trouble certain s’installer en vous. Tout d’abord (le modeste auteur que je suis parle), l’intrigue lente et émulatrice donne quelques complexes ; j’ai été impressionné par la simplicité du récit, de sa trame, et, en même temps, par la « volubilité » de l’auteur. Ses personnages n’entrent pas dans la stéréotypie des romans populaires, ce qui, par la nature même du livre, ne surprend pas. Leurs antagonismes ne sont pas pour autant absents, donnant au lecteur une autre vision des relations entre les individus et l’impression que Hermann Hesse invite à une réflexion bienveillante.

Bien que sur le fond Le Jeu des Perles de Verre aborde surtout la question du jugement esthétique, il m’a poussé par la suite à m’interroger sur l’exigence que l’auteur (1) doit porter à sa création artistique ; le raisonnement de Hesse y est pour quelque chose, je viens de le dire, mais aussi son style d’écriture (même s’il s’agit d’une traduction) et ses choix narratifs. J’ai eu le sentiment que l’œuvre de l’auteur allemand a, d’une certaine façon, remis en cause ma démarche — à tort je crois. Hermann Hesse m’a donné une belle leçon de modestie.

(1) Je parle de l’auteur en général. C’est l’écrivain, le musicien, le peintre, le sculpteur…

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Mathieu Farcy m’interviewe

Mathieu Farcy aime beaucoup Le Bâtisseur de Bosbourtel. Il réédite sa lecture du prologue et y a ajouté des extraits d’une interview que nous avons réalisée ensemble par téléphone.

Pour l’écouter, il suffit d’aller sur son blog La Voix haute.

N’hésitez pas à vous abonner à sa page Facebook. Soutenez cet incroyable artiste !

Les pdf et ebook du Bâtisseur de Bosbourtel passeront à 1,99€

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L’éditeur du Bâtisseur de Bosbourtel, Édilivre, vient d’annoncer à ses auteurs que le tarif des livres numériques passera à 1,99€ dès le 27 avril 2016.

Je comprends qu’il n’est pas évident, pour tout le monde, d’acquérir un livre numérique : d’abord, lire sur ordinateur n’est pas très pratique et a tendance à abîmer les yeux; puis, tout le monde n’a pas de liseuse ou de tablette…

Malheureusement, le tarif du livre papier (16,50€) ne baisse pas (hormis quelques petites promotions, qui permettent d’obtenir le livre à son prix sans les frais de port – sic).

Je suis néanmoins satisfaits que les futurs e-lecteurs bénéficient rapidement d’une économie de 8€ sur les prochains livres achetés en pdf ou en ebook. Saisissez donc cette occasion pour dévorer Le Bâtisseur de Bosbourtel !

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Un nouvel extrait audio du ‘Bâtisseur de Bosbourtel’

L’ami Matthieu Farcy a récidivé. Décidément, il aime Le Bâtisseur de Bosbourtel. Il s’est penché sur le prologue et l’a enregistré très fidèlement.

Je dois avouer que c’est très émouvant de recevoir des compliments sur mon roman. Écouter cette nouvelle interprétation du Bâtisseur suscite la même impression, voire plus. C’est comme une seconde vie pour lui !

 

 

Je vous invite bien évidemment à découvrir le travail de Matthieu, sur Soundcloud, sur YouTube, sur Facebook… Sans oublier le site internet de Belle Philis !

Jean-Pierre Levaray : « Le regard de mes patrons, je m’en fiche carrément. Le regard de mes collègues, je m’en fiche moins »

"Je vous écris de l'usine" est disponible aux éditions Libertalia (www.editionslibertalia.com).

« Je vous écris de l’usine » est disponible aux éditions Libertalia (www.editionslibertalia.com).

Retraité de la pétrochimie, Jean-Pierre Levaray n’a pas pour autant rangé sa plume. Il vient d’éditer un recueil de chroniques parues dans le journal alternatif CQFD et envisage de sortir un nouveau livre en mai 2016. J’avais interviewé Jean-Pierre pour Le Journal d’Elbeuf, le 25 février. En raison des conditions de mise en page, j’ai du opérer quelques coupures.

– C’est quoi, exactement, Je vous écris de l’usine ?

C’est une compilation de dix années de chroniques dans le journal alternatif CQFD.

– Comment sont-elles nées ces collaborations avec CQFD ?

Une fois que j’ai écrit Putain d’usine, j’ai eu de bons rapports avec l’équipe de l’époque. Je leur ai proposé si ça les intéressait qu’un prolo écrive sur ce qu’il se passe dans sa boîte, le temps que ça durera. L’idée leur a plu. Ils ont repris cette pratique qui se faisait dans la presse d’extrême gauche du début du XXe siècle, où il y avait quelques ouvriers qui racontaient ce qu’il se passait dans leurs boîtes. Il se trouve que ma chronique a duré dix ans, ce qui n’était pas le cas à cette époque-là. J’aurais pu continuer, mais je suis parti en retraite.

– Vous êtes donc parti dans une nouvelle aventure avec le journal ?

Là, je parlais de mon point de vue d’ouvrier dans ma boîte, mais aussi par rapport à des gens que j’ai croisés en France, parce que je me suis baladé et j’ai rencontré d’autres prolos. Je parlais vraiment de l’usine. Et d’après toutes les réactions que j’avais, je parlais aussi de toutes les usines. Les gens me disaient : « C’est comme nous, etc. » Maintenant, je continue d’écrire pour CQFD, mais c’est plus international, comme je me balade en Espagne et en Grèce. Je donne des infos sur ce qu’il se passe là-bas, ce que je vois. Mais s’il y a des gens qui sont en grève et qui m’intéressent, comme à la SIDEL au Havre, je vais les voir et ça donne un article.

– Le livre ne recueille que des textes parus ou y a-t-il aussi des inédits ?

Que mes textes parus. Les inédits, dans CQFD, il n’y en a pas. Je n’ai pas été censuré. Il y a juste eu des problèmes de longueur ou de termes qui n’étaient pas obligatoirement au goût du journal. Au contraire, j’étais très libre. J’étais même plus libre à cette période-là que maintenant à écrire des articles.

– Vous êtes aujourd’hui l’un des rares porte-parole du monde du travail. Est-ce que les ouvriers, vos anciens collègues et ceux que vous rencontrez, se reconnaissent dans vos écrits ?

D’après ce qu’ils me disent, oui. Je ne suis pas non plus un porte-parole, c’est le hasard qui fait que j’écris et qu’il n’y en a pas beaucoup qui écrivent. Des porte-parole, j’en connais plein. J’ai plein de copains en France, dans des boîtes, plus ou moins connus, aussi bien les boîtes que les mecs ! J’ai toujours dit ce que je pensais, je n’ai jamais eu peur de la répression, même si je sais que mes patrons me surveillaient. Comme je n’ai jamais fait mes coups en douce, les patrons savaient ce que je faisais et écrivais.

– Ça devait être une ambiance particulière d’être confronté au regard de votre patron…

Le regard de mes patrons, je m’en fiche carrément. Le regard de mes collègues, je m’en fiche moins. Je n’avais pas envie de les trahir. Que mon patron ne soit pas content, au contraire ! Ils ont eu des occasions de me porter préjudice, mais je pense qu’ils ont eu peur que ça déborde, surtout quand j’étais chez Total. S’ils s’attaquaient à moi après Putain d’usine, il y aurait eu des trucs… Ce petit monde des industriels n’aime pas les contre-publicités.

– Vous vous regardiez en chien de faïence, donc.

Cela dépendait des patrons. Dans un article où je parle du procès d’AZF, j’étais à Toulouse et j’ai vu mon patron, qui était très stressé. Et je l’ai écrit, que j’étais très content de le voir très stressé. Il m’en a tenu rigueur jusqu’à ce qu’il quitte l’usine. Il y a cent textes, dix par an, donc il y a plein d’anecdotes en dix ans ! Il y en a peut-être cent deux, car on m’a demandé deux fois des textes supplémentaires, notamment pour la mort du patron de Total.

– Écrire n’est-il pour vous qu’un acte militant ou vous arrive-t-il de sortir des chemins que vous vous êtes déjà tracés ?

Pas trop encore. Après, il y a des choses personnelles qui, je pense, ne paraîtront jamais. De temps en temps j’écris sur d’autres thèmes, mais là j’essaie de compiler tout un tas de textes qui sont moins politiques ou qui sont parus de façon marginale dans d’autres revues. C’est un peu plus culturel, artistique. Je parle d’un film, des Dogs, des Bérurier Noir. Ce chantier s’appellera Raretés et Faces B.

– La musique joue-t-elle un rôle important dans votre vie d’écrivain ?

Dans ma vie d’écrivain, pas encore. Mais j’ai des projets : pour mon départ en retraite, j’ai organisé une fête qui a très bien marché, avec des concerts. Ça m’a donné envie de faire des événements musicaux, mais aussi de mélanger les genres. Pour ma soirée, c’était théâtre et musique.

– Des constats généraux évoquent les pertes de repères politiques des travailleurs. Pensez-vous qu’il y a aussi une perte de repères culturels ?

La télé joue un rôle quand même hyper important. Et il n’y a pas tellement de réappropriation de la culture par les ouvriers depuis les années vingt-trente. En 1950, le poids du PC était sans doute trop important, ce qui fait que tout a été canalisé. Chez les travailleurs, il n’y a pas une expression qui est la leur. Tout est nivelé par les riches, pour faire simple, qui disent quelle doit être la morale (il ne faut pas boire, il faut s’occuper de sa famille, etc.) et par la télé, qui est omniprésente, ce qui rend difficile de trouver sa place à côté. Je ne suis pas sûr que beaucoup de prolos, par exemple, regardent Arte. En même temps, je sais que les ingénieurs et directeurs ne sont pas nombreux non plus à regarder cette chaîne… Ils regardent TF1 et BFM TV. Et c’est tout.

– D’une certaine façon, il y a une place à occuper sur le plan culturel.

C’est sûr, sauf que c’est compliqué. Peut-être avec Internet, mais ça donne l’impression de toucher plein de gens. Je suis sceptique sur un vrai mouvement culturel. On se suit sur les réseaux sociaux, mais ce n’est pas matérialisé. Personne aujourd’hui ne se revendique vraiment ouvrier, à part à l’extrême gauche. Même s’il y a quelques petits trucs culturels, cela n’aboutit pas forcément à un mouvement.

– Le fait que des journaux alternatifs comme CQFD, cela contribue-t-il à fédérer plus de gens ?

Des journaux comme CQFD, ça se vend bien en fait. Même des journaux plus ciblés comme La Décroissance ou Siné Mensuel. Les publications plus militantes, liées à une organisation politique, ne vont pas bien du tout, elles, parce que la distribution est compliquée. Il n’y a plus trop de voix au chapitre pour l’extrême gauche.

– Avez-vous d’autres projets d’écriture ?

J’ai un bouquin qui sort au mois de mai, Pour en finir avec l’usine, aux Éditions Libertaires. Comme ça, après, on n’en parle plus ! Il y aura aussi des photos. Ensuite Raretés et Faces B. Puis d’autres projets qui restent encore trop vagues. J’aimerais aussi faire un bouquin annuel avec d’autres gens, genre une revue, parce que je côtoie plein de personnes qui écrivent, font des photos, jouent de la musique… Il faut trouver le financement. Mais là, je vais être pas mal pris par mon bouquin en avril-mai, toutes les semaines jusqu’à octobre : j’irai à Lyon, Toulouse, Grenoble, Besançon, Paris… Le 22 mars, on me verra à l’Armitière et le 30 avril, à la Halle aux Toiles, pour le Salon du livre libertaire.

Propos recueillis par Thomas GUILBERT

  • Jean-Pierre Levaray, Je vous écris de l’usine, éditions Libertalia, 376 pages. Prix: 15€.

2016 sur la pointe des pieds ?

C’est avec une pointe de soulagement que beaucoup d’entre nous quittons 2015. Et je fais partie de ceux qui, sans doute, entrent dans 2016 avec une pointe d’appréhension quant à l’avenir de notre planète et de notre proche univers. Parce que ce n’est pas un changement d’année qui bouleversera le monde et notre société.

Cela ne coûte rien d’espérer. Le monde sera ce qu’on en fait, c’est un peu (beaucoup) le message que j’ai voulu faire passer dans mon premier roman Le Bâtisseur de Bosbourtel.

Je vous souhaite donc de faire bon usage de cette nouvelle année qui commence.

Pour ma part, je vais essayer d’en faire l’année d’une nouvelle création. C’est ma résolution.

Thomas